100%
de la surface de Mars a été cartographiée
moins de 25%
des fonds marins cartographiés avec une résolution suffisante
Nous avons cartographié 100 % de la surface de Mars. Nous avons photographié des galaxies à 13 milliards d'années-lumière. Et nous ne savons presque rien de ce qui se passe à 3 000 mètres sous nos pieds. 95 % des fonds marins n'ont jamais été observés directement.
Pourquoi l'océan profond est plus difficile à explorer que l'espace
Dans l'espace, le vide est le problème principal : mais c'est un problème soluble. Un vaisseau spatial bien conçu peut traverser des millions de kilomètres avec relativement peu de contraintes mécaniques une fois en orbite. La distance est le défi, pas la pression.
Dans l'océan profond, c'est l'inverse. La pression augmente d'une atmosphère tous les dix mètres.
Pression selon la profondeur
À 10 935 m : l'équivalent de 50 éléphants posés sur chaque cm² de surface.
Ce que nous avons trouvé : et ce que ça implique
Les fumeurs hydrothermaux : la vie sans soleil
En 1977, le sous-marin Alvin plonge sur la dorsale des Galápagos, à 2 500 mètres de profondeur. L'équipe découvre des oasis de vie dense et complexe, entièrement basées sur la chimiosynthèse, sans aucun recours à la lumière solaire.
Cette découverte a changé la biologie fondamentale et a des implications pour la recherche de vie extraterrestre sur les lunes Europe (Jupiter) ou Encelade (Saturne).
Les monts sous-marins : des îles de biodiversité
Il existe plus de 100 000 monts sous-marins dans les océans. Moins de 350 ont jamais été explorés directement. Ces structures créent des upwellings locaux et hébergent des forêts de coraux d'eau froide pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur et plusieurs siècles d'âge. Ces coraux peuvent être détruits en quelques heures par des chaluts de fond.
La zone mésopelagique : l'étage oublié
Entre 200 et 1 000 mètres, des centaines d'espèces migrent chaque nuit vers la surface pour se nourrir puis redescendent à l'aube, transportant du carbone des profondeurs vers la surface : la plus grande migration verticale quotidienne de la biosphère. Des études récentes estiment que la biomasse de poissons dans cette zone serait dix fois supérieure aux estimations précédentes.
espèces potentiellement nouvelles identifiées lors du Census of Marine Life (2000-2010)
Nous détruisons ce que nous n'avons pas encore vu
C'est la phrase la plus importante de cet article.
La pêche chalutière de fond opère couramment entre 500 et 2 000 mètres de profondeur : dans des zones que la science n'a jamais directement observées. Des monts sous-marins dont la biodiversité n'a jamais été documentée sont régulièrement rasés par des chaluts dont les câbles de traction pèsent plusieurs tonnes.
Plus de 700 scientifiques marins ont signé en 2021 un appel au moratoire sur l'exploitation minière des grands fonds, jusqu'à ce que nous en sachions assez sur ces écosystèmes pour évaluer les risques. Pour l'instant, cet appel n'a pas été entendu.
L'exploitation minière des grands fonds est à la veille de démarrer à échelle commerciale. La perturbation des sédiments par l'extraction minière créerait des panaches dérivant sur des centaines de kilomètres. La récupération de ces écosystèmes, si elle est possible, se compterait en milliers d'années.
Pourquoi c'est plus urgent que l'espace
Budget cumulé des agences spatiales mondiales chaque année.
Budget total consacré à l'exploration des grands fonds marins à l'échelle mondiale.
Nous ne mourons pas si nous ne savons pas ce qu'il y a sur Mars. Nous pourrions mourir si nous ne comprenons pas ce qui se passe dans nos abysses, et si nous les détruisons avant de le savoir.
L'espace peut attendre. L'océan, non.
Pour aller plus loin
- NOAA Ocean Exploration : oceanexploration.noaa.gov
- Schmidt Ocean Institute : schmidtocean.org
- Seabed 2030 : seabed2030.org
- Ramirez-Llodra et al. (2010), PLoS ONE : biodiversité des grands fonds
- Amon et al. (2022), Current Biology : espèces avant exploitation minière
